Fils Cara, liberté mélodique

Les petites mains du label microqlima s’activent depuis déjà plusieurs années pour défricher la nouvelle scène pop française. Parmi les talents ayant signé dans le label, entre Pépite et L’Impératrice, on trouve le jeune Fils Cara. Antoine Bigot, le dénicheur du label, a pris un tournant, ou plutôt une évolution, dans la direction artistique de microqlima : Fils Cara est le premier rappeur à signer là-bas. Mais qui est-il ?

Inspirations et entourage, la panoplie complète

Fils Cara est un ancien adolescent tout juste plongé dans le bain de la vingtaine, à fleur de peau, qui a tant à dire mais décide d’adopter une écriture abstraite, imagée et poétique. Son premier EP, Volume, est sorti en ce début d’année 2020. A l’image du single qui porte le projet, Nanna, Fils Cara raconte ses histoires sous une couche mélodieuse d’effets vocaux. Il retranscrit les codes actuels du rap français, très tournés vers la musicalité, en suivant la vision artistique d’un certain nombre d’artistes émergents et notamment de son camarade de coeur : Zed Yun Pavarotti, qu’on retrouve sur le morceau Argo. Les deux chanteurs de Saint-Etienne collaborent depuis déjà un certain temps, on pouvait retrouver Fils Cara sous le pseudonyme “Klë” sur l’album Grand Zéro de Zed en 2018, et dans ses clips. Après quelques expérimentations de son côté, le jeune chanteur développe “Fils Cara“, son projet le plus abouti dont le nom fait référence à sa mère.

C’est Osha, un autre de ses frères d’armes, qui s’occupe de la partie production sur Volume. Le beatmaker a, de son côté, pris son envol en produisant pour Zed, Columbine mais aussi MHD. L’une des forces de la musique de Fils Cara réside justement dans ces productions : elles sont à la fois accessibles pour le public rap mais aussi beaucoup plus libres et audacieuses par moment. Exemple : le morceau Les honoraires, dont le rythme presque déstructuré donne un relief très particulier au titre. C’est dans ce genre de morceau que le chanteur prend le courage de parler de sa solitude… Et de celle des autres. L’aspect émotif de l’EP prend forme à la fois dans les paroles mais aussi dans les influences émo et grunge : la voix de Fils Cara glisse comme un Post Malone et sature comme un Lil Peep.

 

Une identité artistique ouverte

Au niveau de ses textes, le rappeur de Saint-Etienne ne triche pas et se livre sans filtres dans la mélancolie qui le caractérise. Il distille néanmoins sa timidité à travers des images et références, notamment au cinéma : “J’renais d’mes cendres comme Joaquin”, “J’suis qu’un guss comme le bon Gus qu’a réalisé Elephant”, “T’es plus Dreamworks que les animations”Fils Cara profite aussi de ses textes pour déclarer quelques sentiments amoureux inavoués. Le tout baigne dans un puissant sentiment de nostalgie, sans jamais devenir trop mielleux ou caricatural. L’artiste cherche même à innover, notamment visuellement avec une trilogie de clips-concepts : trois scènes aux aspects mythologiques, animées comme des vitraux à Poudlard. L’aspect surréaliste de la musique prend tout son sens dans cette esthétique symétrique et dorée.

En clair, Volume est une première petite bombe pour la carrière de Fils Cara. Il semble déjà avoir trouvé une identité très marquée, un style bien à lui mais qui ne se ferme aucune porte vers le rap. Un croisement chanson-pop-rap qui attire bien des regards et des oreilles, le jeune rappeur a déjà toutes les cartes en main pour réussir.