Kekra, retour vers le futur

Plus le temps passe et plus Kekra continue de surprendre son public, fort de son identité unique et complètement “ovni-esque” par rapport à la scène rap française actuelle. Après avoir quitté la maison Because Music pour signer chez AllPoints (S.Pri Noir, Seth Gueko, Jul…), le rappeur de Courbevoie fait un clin d’oeil à ses fans de la première heure en sortant le quatrième volume de la série d’albums/mixtapes FREEBASE.

 

La liberté comme mot d’ordre

La série FREEBASE, entamée initialement en 2016, avait commencé avant même les biens connus projets “Vréel” qui ont grandement contribué à créer son succès actuel. Ce nouvel album, par son aspect “retour aux sources”, prend à contre-pied les deux derniers blockbusters du rappeur, Land et Vréalité, ce dernier contient notamment le tout premier featuring officiel de la carrière de Kekra : Niska. Land, quant à lui, est certainement l’un des projets les plus pop et ouvert de sa discographie, avant d’enchaîner sur Vréalité, plus sombre, et ce nouvel opus de FREEBASE. En reprenant cette ancienne série d’albums Kekra affirme désormais son positionnement : un rappeur à part qui n’a pas vocation à chiffrer mais plutôt à repousser ses propres limites tout en s’adressant à ceux qui voudront le comprendre. La pochette de ce nouveau projet fait d’ailleurs référence au premier volume, la version illustrée a été transformé en photographie. On y retrouve toujours ce fameux téléphone portable affichant un numéro que les fans pouvaient appeler durant la promotion de FREEBASE Vol.4.

Rappeur sans frontières

Au cours de sa carrière, beaucoup ont voulu tenter de coller des étiquettes musicales sur Kekra. Celui-ci est passé par la grime avec des morceaux comme 9 Mili, Tout seul, des sonorités dubstep avec le freestyle Booska Césarienne ou le single Comment on fait là ?… Plus généralement, le rappeur masqué s’imprègne de différentes influences dont il ne se prive jamais, jusqu’à donner des expériences totalement hybrides comme l’interlude Normal sur l’album Land, qui sample sans complexe le morceau Fancy Footwork du groupe canadien Chromeo, un pur titre éléctro-pop. Kekra avait d’ailleurs réitéré l’interlude électronique sur l’album Vréalité avec l’étonnant morceau reggaeton Doré, librement inspiré par des sonorités sud-américaines modernes.

La nouvelle recrue de chez AllPoints n’est pas figée dans ses inspirations géographiques : il s’amuse librement avec des éléments de cultures anglaise, japonaise, thaïlandaise, brésilienne… On pourrait considérer FREEBASE Vol.4 comme l’ultime exemple de cette ouverture : Kekra chante en anglais sur Anything, consacre un morceau à la ville de Dubaï, collabore avec KOHH, l’un des rappeurs japonais les plus en vogue du moment… Après 4 ans d’hyperactivité musicale, inutile de chercher plus loin : Kekra ne cherche pas à se classer mais à pousser les retranchements du rap français, quitte à se fermer les portes du mainstream. Il affiche cette volonté dans l’intro de ce nouveau volume de FREEBASE, constitué d’extraits d’émissions où l’on parle de lui comme d’un mystérieux et fascinant savant fou.

 

Réussir pour fuir

FREEBASE Vol.4 est définitivement la meilleure carte de visite de Kekra pour présenter sa large palette de styles, flows et sonorités. Même si le projet ne paye pas de mine avec ses allures de mixtape au premier abord, on pourrait considérer celui-ci comme l’un des albums les plus équilibrés et maîtrisés de sa carrière, ce qui témoigne une fois de plus du détachement dont fait preuve l’artiste par rapport à sa musique. Chaque morceau présente une atmosphère différente, toujours en lien avec des inspirations étrangères, les flows appliqués à ses instrus viennent donner le côté homogène l’album. Une fois de plus, Kekra nous fait voyager musicalement.

Et pour cause, fuir le quotidien et s’évader ont toujours été les grandes aspirations du rappeur qui n’hésite pas à les retranscrire dans ses textes. Faire de l’argent pour quitter le pays et parcourir le monde fait rêver Kekra depuis bien longtemps. C’est d’ailleurs une métaphore ce cette échappatoire qui est mise en scène dans le clip de Putain de salaire : son personnage, esclave d’un système dystopique et totalitaire, initie une révolution grâce à une force surhumaine qu’il obtient par accident. La fuite vers de nouveaux horizons est un thème qui se retrouve également dans le clip de 9 Milli, morceau datant de la mixtape Vréel 2 : le personnage court à travers une ville japonaise comme s’il était traqué par ses démons. Avec ses airs de justicier masqué à la V pour Vendetta, Kekra nous pousse à sortir de notre routine toxique pour s’ouvrir au monde. C’est d’ailleurs lorsqu’il parle plus sombrement du quotidien qu’il a vécu auparavant que Kekra décide de tourner logiquement en cité, dans un environnement plus urbain et terne, comme sur les clips en noir et blanc Vréalité et 10 balles.

Malgré seulement 11 morceaux, FREEBASE Vol.4 est un projet largement consistant tant Kekra explore différentes ambiances, toutes maîtrisées. S’agirait-il d’un exercice “checkpoint” en vue d’un prochain album encore plus novateur ? Très certainement, et qui plus est, en ouvrant un quatrième volet à sa première trilogie, le rappeur de Courbevoie pourrait aussi sortir un quatrième opus de sa série d’albums Vréel. La suite nous en dira plus…