Le Motel, l’émancipation d’un beatmaker

Le bruxellois Le Motel est sans doute l’un des producteurs les plus atypiques de ces dernières années. Ce dernier a jonglé entre des festivals à 30 000 personnes déchaînées et de petites soirées électroniques underground. Il sort en ce début d’année 2020 son nouvel EP, Transiro, sur son propre label.

 

Un renouveau pour la carrière solo du Motel

Après l’aventure Morale avec Roméo Elvis, Le Motel, de son vrai nom Fabien Leclerq, décide de retourner à ses racines de producteur électro. Il remet son identité au premier plan à travers Transiro. De l’eau a coulé sous les ponts mais Le Motel n’oublie pas ses sonorités de prédilection : sa musique est teintée d’influences tribales et exotiques, de différents continents. Le producteur s’est d’ailleurs ressourcé au Brésil l’année dernière pour revenir avec un son plus frais, réactualiser son inspiration sans oublier son identité.

Son album Oka, sorti en 2015, puisait grandement dans la musique africaine. Les morceaux sont spacieux et plus axés “beatmaking”, on retrouvait d’ailleurs sur cet album Vanua Lava, le morceau qui a servi d’instrumentale à Diable de Roméo Elvis. Transiro est beaucoup plus compact et électronique, Le Motel ne laisse pas de place au doute : c’est un musicien à part entière. L’exercice de produire pour un rappeur est totalement différent, il faut bien évidemment s’adapter à l’interprète, lui laisser de la place sur l’instrumentale, mais cet EP solo est loin d’être un “EP de prods”. Le morceau Tawehado, par exemple, est une musique entêtante, fourmillant de détails et de sons atypiques à la manière d’un Flying Lotus ou d’un Kaytranada. On retrouve toujours ces fameux vocals, élément central du style ethnique de la musique du Motel, mais aussi sa signature musicale en quelque sorte.

Maloca Records, le début d’une aventure

Maloca est le nom du label que le producteur a lancé pour l’occasion. Le nom renvoie à un style de maison en Amérique du Sud, habitées par les peuples locaux. Tout évoque cette volonté de croiser les genres, Fabien Leclercq le dit lui-même dans une interview confiée à Redbull Elektropedia : il se considère comme un digger, il aime aller chercher les disques et sonorités les plus sombres et les plus éloignées d’ici pour les faire revivre à travers sa musique. Le producteur prévoit d’ailleurs déjà de sortir les prochains EPs de Howie Lee, un artiste chinois, et Farsight, californien, sur Maloca Records. On peut donc espérer une grande diversité de styles sur ce nouveau label, Le Motel confirme qu’il n’y a pas de ligne directive de prévue au niveau musical pour le moment.

Tous ces projets excitants nous rappellent que le producteur est aussi très bon DJ : ses sets sont à l’image de ses idées, très inspirés et colorés, ponctués de rythmes tribaux. Aussi, même s’il est graphiste de profession, Fabien Leclercq laisse le soin à l’artiste Antoine De Schuyter de s’occuper des visuels live. Ceux-ci contribuent énormément à l’atmosphère unique des performances du Motel. Son live est, quant à lui, beaucoup plus calibré et intimiste, il n’hésite pas à créer des ambiances plutôt qu’à faire danser directement. Peut-on attendre un live remis au goût du jour à l’occasion de Transiro ?

Comme une carrière qui renaît, après avoir fait des passages remarqués avec Roméo, Témé Tan, Swing ou encore Veence Hanao, Le Motel régale ses fans d’une nouvelle aventure qui commence. On anticipe la suite avec impatience pour découvrir jusqu’où iront les horizons de ce globe-trotter amoureux de la musique.