Squeezie et la musique, un pari gagnant ?

Le 8 janvier dernier, Squeezie, le youtuber le plus connu de France, dévoilait son single et clip Influenceurs. Une chanson pop ultra-dansante ironisant sur son mode de vie actuel, et plus globalement celui des stars d’internet. Si le phénomène des youtubers se lançant dans la musique n’est pas nouveau, cette sortie est tout de même assez étonnante : on vous propose de décortiquer le contexte de cette nouvelle carrière pour Lucas Hauchard.

 

Influenceurs, l’affirmation du statut d’artiste

Le projet Influenceurs fait suite aux deux incontournables tubes de l’été : Bye Bye (interprété par JOYCA et Squeezie) et Mirador (par Freddy Gladieux et Kezah). Pour ceux qui n’auraient rien suivi : Squeezie lançait en juin 2019 le pari à 3 de ses potes de réaliser un “tube de l’été” en 3 jours. Deux équipes, deux chansons assez différentes mais surtout un succès monstre pour les deux titres par la suite, qui ont dépassé le cadre de simple “chanson-challenge” (en particulier pour Mirador). Ce phénomène les a même mené jusqu’à la scène des Solidays le même été, les clips quant à eux cumulent 34 et 27 millions de vues, les deux titres ont été certifiés single d’or.

On savait Squeezie de plus en plus tourné vers la musique, ayant notamment collaboré avec Maxenss, Seb La Frite ou encore Bigflo et Oli… Mais Influenceurs est son premier single totalement indépendant d’un projet vidéo ou d’un autre prétexte. Après le succès de Bye Bye et Mirador, Lucas Hauchard était probablement en grande confiance pour s’affirmer en tant qu’artiste et non plus en tant que “youtuber musical”. Ceci l’a poussé à rentrer chez le label AllPoints, connu pour avoir signé notamment Mister V, Heuss L’enfoiré, Jul… Mais pas seulement de l’urbain puisque ce label est aussi le distributeur de Pépite, Gaël Faye, Yuksek… En clair, un label qui cherche la diversité.

Et pour cause, contrairement aux rumeurs, Squeezie ne propose pas un morceau de rap, puisqu’il ne prétend justement à aucun moment en faire. Beaucoup diront qu’il n’est de toutes façons pas légitime à se prétendre rappeur en le comparant, par exemple, à Mister V qui a aussi fait le pont entre youtuber et chanteur. Le grenoblois a toujours affiché sa passion pour le rap et le R’n’B, là où, effectivement, Squeezie ne montre son côté musical que depuis quelques années. Quel est donc exactement ce morceau ?

 

Un casting aux petits oignons

Contre toute attente, Lucas arrive avec un morceau beaucoup plus proche d’une pop urbaine très électro. Des couplets plein d’humour sous auto-tune et un refrain catchy, mais surtout un clip qui a fait sensation lors de sa sortie. A la caméra : Titouan Harel et Clément Chasseray, connus pour avoir réalisé notamment le clip de Discipline de Orelsan. On retrouve les mêmes codes dans celui de Influenceurs : beaucoup d’éléments visuels et de références, un quatrième mur brisé à plusieurs reprises et des effets post-prod à n’en plus finir.

C’est dans ce clip plein d’humour que Squeezie prend avec dérision son succès et les rapports sociaux ambiguës qu’un influenceur comme lui peut entretenir avec son entourage. Les modèles 3D assez perturbants et l’ironique tristesse qui se dégage des personnages mis en scène donne au clip une ambiance toute particulière. Un contraste assez fort avec le rythme entraînant de la prod’, signée par le trio Myd, Canblaster et Kezah.

Les deux premiers sont des membres du groupe Club cheval qui avaient initialement gardés cette instru pour une autre artiste, comme Kezah l’explique dans sa vidéo dédiée. C’est finalement Squeezie qui posera sa voix sur ce titre électro dansant et ultra efficace. On savait le youtuber proche de Myd, celui-ci apparaissait notamment dans la vidéo de lancement de la marque Yoko, et le vinyle du DJ de chez Ed Banger traîne parfois dans le décor de ses vidéos (comme on peut le voir sur l’image à gauche). Kezah, lui, arrive dans un second temps : le nouveau partenaire musical du youtuber a déjà fait ses preuves en signant des productions pour SCH, Mister V, 13 Block… Il se révèle être un beatmaker polyvalent, capable de faire un grand écart artistique très étonnant pour sa jeune carrière. Squeezie l’avait alors rencontré à l’occasion de la fameuse vidéo-défi du tube de l’été.

 

Que penser de ce premier single ?

On découvre alors que notre jeune youtuber est déjà très bien entouré artistiquement, mais de la manière la plus objective possible, que penser du résultat final ? La question se pose, à l’heure où beaucoup de youtubers transitent vers une carrière musicale en parallèle, comme McFly et Carlito qui ont annoncé très récemment vouloir sortir un album et entamer une tournée.

Squeezie a voulu mener une démarche la plus sérieuse possible au sens où Influenceurs se veut indépendant de son statut de vidéaste au maximum. Nous avons évidemment l’habitude des chansons type “YouTube” (parodies, défis, etc) qui se retrouvent par la même occasion sur les plateformes de streaming, mais Influenceurs se démarque par sa volonté d’assumer un nouveau départ. Ceci a pu déboussoler une partie de son public ayant du mal à appréhender l’aspect du “véritable artiste”. Tout comme, peu de temps auparavant, une partie de son public a mal reçu le lancement de sa nouvelle marque Yoko, se voulant là aussi indépendante de l’aspect youtuber : il ne s’agissait pas de la marque officielle “Squeezie” mais d’un projet annexe totalement nouveau.

Il faut donc prendre Influenceurs comme il est, c’est-à-dire une chanson d’un nouvel artiste qui débute. Et celle-ci est plus que correcte, voire même très réussie dans le contexte de l’explosion de la pop urbaine française. Bien sûr, les moyens aident et il ne faut pas le nier, mais ce n’est pas facile pour autant, surtout à son niveau de notoriété, d’assumer un telle prise de risque. Il faut maintenant attendre la suite pour constater si le pari tiendra sur la longueur : Squeezie est-il capable de raconter quelque chose aussi sérieusement qu’un artiste au sens classique du terme, ou va t-il retomber dans la “chanson de youtuber” ? Les prochains mois nous le diront, avec pourquoi pas un album à la clef ?